Visiter Paris autrement : sur les traces des Polonais dans la Ville des Lumières

La fameuse phrase de Thomas Jefferson « Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France » aurait pu être aussi bien prononcée par un des représentants de la Grande Émigration polonaise, installée à Paris après l’échec de l’Insurrection de novembre 1830. Itinéraire de balade à travers le Paris polonais.

L’Île-Saint-Louis, le coin de Paris le plus marqué par les Polonais

Commençons par l’endroit appelé parfois « l’île polonaise sur Seine ». Bien que cette appellation soit aujourd’hui exagérée, une promenade sur l’Île-Saint-Louis permet toujours de découvrir des lieux intrinsèquement liés à la fameuse Grande Émigration des Polonais. L’hôtel Lambert, situé au 2 rue Saint-Louis en l’Île, acheté en 1843 par la famille princière de Czartoryski, est très vite devenu le centre de l’activité politique, éducative, caritative et culturelle de l’époque. Eugène Delacroix, un grand ami de Frédéric Chopin, a couvert les murs de l’Hôtel Lambert de peintures et la fameuse gouache de Teofil Kwiatkowski « Polonaise de Chopin : bal à l’hôtel Lambert » a immortalisé les réceptions données par le prince Czartoryski dans sa résidence, animées par les concerts de Chopin. Aujourd’hui, l’hôtel Lambert appartient à la famille de l’émir du Qatar et est fermé au public pour travaux.

kwiatkowskichopin.jpg

Un peu plus loin sur l’Île-Saint-Louis, nous découvrons au 6 quai Orléans la Bibliothèque polonaise. Fondée suite à l’appel d’Adam Mickiewicz, un grand poète polonais du XIXe siècle, dans le souci de préserver le patrimoine littéraire polonais, la Bibliothèque polonaise possède une impressionnante collection de documents liés à la culture polonaise. Nous pouvons également y visiter le salon de Frédéric Chopin et le musée Adam Mickiewicz qui contient le manuscrit de Messire Thaddée (Pan Tadeusz), épopée nationale polonaise écrite en partie à Paris. La Bibliothèque polonaise organise enfin des concerts et des expositions ayant pour but la promotion des artistes polonais. Afin d’être au courant de ces manifestations, il suffit de consulter le site de la Bibliothèque ou de s’inscrire à sa liste de diffusion.

De l’autre côté de la rue des Deux Ponts, on aperçoit une petite plaque informant qu’au 36 quai de Béthune a vécu Maria Sklodowska-Curie. Grâce au prix Nobel de physique obtenu avec son époux Pierre Curie et un autre prix Nobel, cette fois-ci de chimie, elle est la seule femme à avoir reçu deux prix Nobel et la seule parmi tous les lauréats à avoir été récompensée dans deux domaines scientifiques distincts. Depuis 1995, elle repose au Panthéon, ce qui en un sens ajoute le mausolée national français à la liste des lieux « polonais » à Paris !

Le Quartier Latin : après les Romains, les Polonais !

matkaboskaostrob.jpgTraversons le pont de la Tournelle pour pénétrer dans le Quartier Latin où l’on trouve d’autres traces de la présence des Polonais de la Grande Émigration à Paris. Entrons par exemple dans l’église Saint-Séverin, 1 rue des Prêtres Saint-Séverin. En la regardant, si belle et majestueuse au milieu de commerces et de restaurants, il est difficile d’imaginer qu’au XIXe siècle, le Quartier Latin avait une très mauvaise réputation. Les alentours de l’église Saint-Séverin étaient particulièrement mal vus par les riverains. C’est exactement pour cette raison que Andrzej Towianski, un philisophe et leader religieux de nombreux représentants de la Grande Émigration polonaise, a choisi cette église afin d’y déposer une copie du tableau miraculeux de la Vierge de la Porte de l’Aurore (Matka Boska Ostrobramska) de Vilnius. Sur le tableau, on peut l’inscription en polonais « O Pani, ku ratunkowi naszemu pośpiesz się! » (Ô Dame, viens vite à notre secours !). On y voit également l’aigle, symbole de la Pologne, et le chevalier sur sa monture, emblème de la Lituanie. Le tableau a été peint par le fameux portraitiste de Mickiewicz, Walenty Wankowicz.

Remontons maintenant la rue Saint-Jacques jusqu’à la Sorbonne, la deuxième plus ancienne université du monde puisque fondée en 1253 par le prêtre Robert de Sorbon. De nombreux Polonais ont étudié (et continuent d’étudier) à la Sorbonne, dont plusieurs personnages très célèbres. Maria Sklodowska-Curie est sans doute la plus fameuse représentante de ce groupe. Elle a été la première femme dans l’Histoire à se voir confier une chaire. Dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, un autre Polonais illustre, Tadeusz Boy-Żeleński, est entré dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.

En face de la Sorbonne, de l’autre côté de la rue Saint-Jacques, s’élève le Collège de France, un établissement concurrent de la Sorbonne fondé en 1530 par le roi François Ier. C’est un établissement particulier où il est possible de vivre la vie de l’éternel étudiant, quel que soit l’âge, mais aussi de devenir du jour au lendemain professeur. Tel a été le cas du poète national polonais Adam Mickiewicz pour qui a été créée la chaire de langue et de littérature slave et qui en est devenu le titulaire alors qu’il était dépourvu d’expérience universitaire.

Le cimetière du Père-Lachaise : une présence éternelle des Polonais à Paris

grobchopina.jpgLe cimetière du Père-Lachaise est le cimetière le plus ancien parmi les nécropoles fondées par Napoléon Bonaparte au XIXe siècle. On y retrouve les tombeaux de Français et Françaises très connus comme Molière, La Fontaine, Proust, Piaf ou Delacroix. Toutefois, il faut ajouter à ceux-là plus de 400 tombeaux polonais, dont celui de Frédéric Chopin qui constitue pour de nombreux visiteurs le principal but de leur venue.

Le tombeau situé dans la division 11 du cimetière a été réalisé par Auguste Clésinger, le gendre de George Sand qui a été la bien-aimée de Chopin. Il est surmonté par une femme en deuil qui tient une lyre. Si l’on trouve bien dans la tombe de Chopin les restes de son corps, son cœur a été déposé, conformément aux dernières volontés du compositeur, dans la crypte d’un des piliers de l’église de la Sainte-Croix à Varsovie.

Outre la tombe de Chopin, on rencontre à travers les allées du cimetière la chapelle de la famille Ornano. Elle abrite le cœur de Maria Walewska, la fameuse amante polonaise de Napoléon Bonaparte, et le tombeau de leur fils Aleksandre Walewski. Un peu loin gît Guillaume Apollinaire … aux origines polonaises !

Michał Jaworski – guide-conférencier national, auteur du guide touristique « Paris » (maison d’éditions polonaise SBM). Co-auteur du blog www.przewodnikparyz.blogspot.com. Il propose des visites guidées en polonais, français, anglais et italien à Paris et dans d’autres villes de France.

Ewa Krzątała-Jaworska – doctorante en science politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Passionnée par Paris et par la culture française, elle propose des balades sur Paris. Auteure du guide touristique « Paris » (maison d’éditions polonaise SBM). Co-auteur du blog www.przewodnikparyz.blogspot.com.

Laisser un commentaire