« Nous sommes devenus des ambassadeurs de Pologne en Israël »

Alors que de nombreux Israéliens continuent de ne voir en la Pologne qu’un cimetière de la culture juive, le dynamisme et l’ouverture du pays, combinés à des relations politiques apaisées, encouragent de plus en plus de jeunes à y venir pour renouer avec leurs origines ou tout simplement profiter du bon climat économique. Entretien avec la créatrice Noga Ravin, installée en Pologne depuis un an.


Nous nous rencontrons dans un café branché de Varsovie, avec vue sur la fameuse place du Sauveur et son l’arc-en-ciel. Noga, grand sourire sur le visage, commande un bon thé noir qui nous réchauffera pendant cette pluvieuse journée d’automne.

Karolina Modrykamień : comment voudrais-tu te présenter a nos lecteurs ?

Noga Ravin : Je suis créatrice de jouets et d’accessoires pour les enfants. J’ai fait l’école de design Bezalel Academy of Arts & Design à Jérusalem mais je suis née près de Tel Aviv. Je m’appelle Noga, ce qui pour beaucoup de gens ici est un peu déconcertant car le mot noga en polonais signifie « jambe » ! La plupart des gens qui me voient pour la première fois pensent avoir mal entendu ou bien que c’est une sorte de pseudonyme d’artiste.

Pour être franche, j’hésitais un peu à changer de prénom, en tout cas pour mon séjour en Pologne, mais finalement, j’aime beaucoup trop mon prénom pour en prendre un autre. Noga veut dire en hébreu étoile brillante.

Noga, comment as-tu accosté à Varsovie ?

J’étais d’abord venue en Pologne avec ma classe, quand j’étais encore à l’école. J’ai gardé de très agréables souvenirs de cette visite et voulais revenir pour mieux connaître le pays. Quelques années plus tard, j’ai rencontré mon petit ami qui exprimait le désir de s’installer un moment en Pologne, plus pour des raisons historiques et personnelles que comme moi par curiosité. J’ai alors commencé à explorer l’univers de design en Pologne, me renseigner sur les écoles de design à Cracovie et ailleurs. Après une semaine de « test » à Varsovie, nous avons décidé d’y rester.

Quelle était la réaction de ta famille et de tes amis en Israël ? la perception générale de la Pologne n’y est peut-être pas des plus positives.

Ma famille comme mes proches sont vraiment très ouverts et ils m’ont tous encouragée. J’avoue cependant que certains de mes amis n’ont pas compris cette décision. Néanmoins, ils changent peu à peu d’avis. Avec mon petit ami, on rigole en disant que nous sommes devenus des ambassadeurs de Pologne en Israël. C’est naturel : après cette année en Pologne, je vois que notre système éducatif n’est pas totalement neutre et que les informations sur la Pologne sont assez limitées. Tu sais, les choses ne peuvent jamais être complètement noires ou blanches, l’histoire est un sujet très complexe.

Qu’est-ce que les gens ont tendance à dire quand ils entendent les mots Pologne, Varsovie… ?

Ah, cela dépend de la personne mais il n’est pas rare qu’on se limite aux mots gris et inintéressant… Certes, ce n’est pas la direction la plus en vogue, et à tort. Toutefois, ceux qui ont ces idées en tête ne font pas le moindre effort pour mieux connaître l’Europe centrale et orientale.

Comment présentes-tu la Pologne aux Israéliens qui ne la connaissent pas bien ? Tu ne dois pas être très diplomate !

Non, je n’ai pas besoin de l’être ! Je leur parle des gens qui sont très actifs, d’événements, de festivals de musique… des choses qui me plaisent beaucoup et qui me semblent intéressantes. Cela est d’autant plus facile pour moi que personnellement, je n’ai pas rencontré en Pologne des gens qui ont mal réagi en apprenant que j’étais juive. Les Polonais ressentent des liens avec Israël pour différentes raisons : la religion, le tourisme, la culture…

Pour ton activité professionnelle, tu ne craignais pas que sans connaissance du marché local, il serait plus difficile de lancer ton enseigne en tant que créatrice indépendante ? La logistique ne doit pas être facile, je suppose ? Ne serait-ce que pour trouver des fournisseurs… ?

J’ai un peu commencé à préparer le terrain avant de venir à Varsovie. J’avais des projets déjà finis, j’ai lancé mon site internet. Par ailleurs, je trouve qu’il est même plus facile de mener une telle activité ici qu’en Israël, par exemple pour la logistique des ventes. La Pologne est dans l’Union européenne et cela ouvre beaucoup de portes. Je peux livrer mes articles à n’importe quel pays de manière relativement simple. J’ai même des clients en Australie !

Qu’est-ce qui t’a poussée dans la direction de faire des objets pour enfants ?

Je pense tout simplement que je n’ai jamais vraiment grandi. J’adore la créativité des enfants, leur ouverture, leur imagination, et j’adore les tissus. La décision n’était donc pas difficile à prendre. L’un de mes secrets est que je ne pourrais pas me passer de certaines de mes peluches préférées (rires).

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Tes clients se recrutent principalement parmi les Polonais ?

Ah non, c’est plutôt le contraire. Mes jouets se vendent plus au Royaume-Uni, en France, en Allemagne… je trouve ça très dommage que j’aie finalement assez peu de clients polonais. J’espère néanmoins que cette situation changera avec le temps.

Serais-tu d’accord avec l’opinion que le goût des Polonais évolue et que leurs choix esthétiques deviennent de plus en plus matures ? Souvent, on dit que le facteur prix reste le plus important.

C’est certain qu’on peut trouver ici des objets de grande qualité et qui sont intéressants du point de vue artistique. Cela est visible, par exemple, dans l’industrie de livre.

Comment définirais-tu ce que tu fais?

Tout d’abord, je dirais que je fais les jouets qui me plaisent et qui demandent de l’imagination. Ils nécessitent de l’interaction mais chaque enfant doit trouver son propre rapport à la peluche. L’idée est de provoquer la créativité de l’enfant (ou de l’adulte !) pas seulement en le faisant appuyer sur un bouton mais aussi en faisant véritablement jouer avec l’objet.

Qu’est-ce qui t’inspire le plus?

En ce moment, je suis fascinée par les illustrations dans les livres pour les enfants. On en trouve vraiment beaucoup en Pologne. Parmi mes favoris, il y a Sklepy (illustrations de Maciek Blaźniak), Jestem miasto Warszawa (Marianna Oklejak) ou Sto bajek (Jerzy Srokowski). Sur ma liste, j’ai également deux livres français qui ont été traduits en polonais : Ma maison de Delphine Durand et la Drôle d’encyclopédie d’Adrienne Barman.

En parlant du polonais, tu apprends la langue ?

Je déteste cette langue ! (rires) C’est vraiment difficile de l’apprendre mais j’ai accepté le défi. Je trouve que c’est important de connaître la langue locale pour comprendre la réalité qui nous entoure, même si les Polonais connaissent bien l’anglais et qu’il est facile de communiquer avec eux.

Retrouvez les créations de Noga Ravin sur son site internet http://www.nogaravin.com.

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