Noël à la polonaise : ces traditions régionales qui perdurent

Noël est sans doute la fête la plus importante en Pologne avec Pâques (Wielkanoc). La nuit de Noël, appelée Wigilia (réveillon de Noël), Boże Narodzenie (naissance du Christ) ou Gwiazdka (première étoile) est célébrée dans une ambiance chaleureuse, spirituelle et familiale. Si les traditions et coutumes qui entourent cette fête tendent aujourd’hui à s’harmoniser, certaines régions parviennent néanmoins à préserver leurs spécificités, visibles notamment dans le domaine culinaire.

Noël en Pologne : ce qu’il faut savoir

Fêter Noël en Pologne n’a nulle part ailleurs son pareil. Toutes les personnes qui ont eu l’occasion de fêter Noël dans une famille polonaise le savent : en Pologne, cette célébration a ses codes, ses plats et un charme bien particulier…

Si les fêtes durent jusqu’à trois jours – la Saint-Étienne du 26 décembre est aussi fériée, comme en Alsace et en Allemagne –, c’est bien le réveillon de Noël qui constitue en Pologne le moment le plus important. Il commence à la nuit tombée, lorsqu’apparaît la première étoile qui donne le signal pour le partage de l’ « opłatek » (pain azyme similaire à l’hostie). Richement décoré, l’opłatek est présenté par la personne la plus âgée de la famille qui la partage avec le reste de la famille. En prenant un morceau d’opłatek, les personnes échangent des vœux de bonheur, de paix et de santé pour l’année à venir. Cette tradition est toujours vivace dans les familles polonaises et ceux qui ne peuvent pas passer le réveillon ensemble s’échangent l’opłatek par la poste avec une carte de vœux. Dans certaines régions, les gens partagent aussi leur opłatek avec leurs animaux car en cette nuit exceptionnelle, on dit que même les animaux parlent le langage des hommes…

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On passe ensuite à table, traditionnellement en fonction de l’âge – les plus jeunes s’asseyant en dernier –, et le dîner commence. Composé selon la coutume de douze plats en référence aux apôtres de Jésus, le repas du réveillon de Noël se veut « maigre » , à savoir uniquement à base de poisson. Détrompez-vous toutefois, il est difficile de terminer tous les plats proposés et la table du réveillon de Noël est riche et variée ! On compte notamment les traditionnelles soupes de Noël (barszcz wigilijny – soupe de Noël aux betteraves, soupe aux champignons, żurek à base de farine de seigle), les pierogi (de préférence « ruskie » – ce sont des raviolis farcis à la pomme de terre et au fromage), mais également le bigos (choucroute polonaise) et toute une ribambelle de desserts (dont le traditionnel makowiec, roulé au pavot). L’un des plats les plus symboliques du réveillon demeure la « carpe » qui peut être présentée en gelée, panée ou en sauce. La « carpe de Noël » s’achète vivante en Pologne et était autrefois conservée dans la baignoire jusqu’au réveillon car les stocks de carpes étaient moins abondants qu’aujourd’hui. Mieux valait donc être préparé, même si cela signifiait accueillir un nouvel occupant dans la salle de bain… Garder une écaille de la carpe dans son porte-monnaie est censé porter chance et attirer l’argent pour l’année à venir.

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Le dîner terminé, c’est le temps de la distribution des cadeaux et l’on continue la soirée par des chants de Noël : les kolȩdy. Vers minuit, ceux qui le souhaitent peuvent aller à la messe de minuit : la pasterka. On dit qu’il est préférable de ne pas débarrasser la table immédiatement mais de la laisser telle quelle jusqu’au lendemain pour ne manquer de rien l’année suivante. Outre ces éléments généraux, certains aspects du réveillon de Noël peuvent bien entendu varier selon les familles et les régions de Pologne.

Crèches et marchés de Noël à Cracovie

À Cracovie et depuis plus de soixante-dix ans, un concours de crèches de Noël (szopka) est organisé chaque premier jeudi du mois de décembre sur le Rynek (place du marché), au pied de la statue d’Adam Mickiewicz. Cette tradition remonte au XIXe siècle et doit son origine aux maçons et charpentiers de Cracovie qui décidèrent de promener une crèche-théâtre de maison en maison afin de s’assurer un gagne-pain pour l’hiver. Les crèches sont réalisées en papier, en bois, en dentelle, en papier d’aluminium et à partir d’autres matériaux recyclés. Les artistes sont de tous âges et de tous horizons : amateurs, professionnels, artisans etc.

La crèche de Noël de Cracovie est connue pour sa richesse, ses détails et ses liens avec l’architecture locale. Traditionnellement, les szopka représentent la scène de la Nativité devant un bâtiment connu de Cracovie tels que la basilique Notre-Dame, l’Hôtel de ville ou encore la cathédrale du château de Wawel. Les szopka mettent également en scène des petites poupées ou des personnages historiques issus de la culture polonaise (Tadeusz Kościuszko, les hussards polonais ou encore des animaux fantastiques comme le dragon de Wawel).

Les szopka sont promenées de rues en rues accompagnées de chants de Noël (kolȩdy) et celles qui ont remporté le concours sont exposées au Musée historique de la ville de Cracovie jusqu’au mois de février.

Cracovie est aussi connue pour son marché de Noël qui rassemble plus d’une cinquantaine de stands d’artisans et de producteurs locaux. Situé sur le Rynek et instauré avant la Deuxième Guerre mondiale, il offre une multitude d’idées de cadeaux pour Noël : alimentation et confiserie locale, jouets et souvenirs, décorations de Noël en bois ou en verre, bijoux en ambre et cristal de Bohème… On peut également y déguster le fameux « grzaniec » , vin chaud aux épices accompagné d’un petit fromage grillé (oscypek).

En Silésie, des traditions à mi-chemin entre la Pologne et l’Allemagne

La Silésie a accueilli à l’issue de la Deuxième guerre mondiale des immigrés d’autres régions polonaises qui fuyaient le joug soviétique ou qui cherchaient du travail dans cet important bassin industriel. On y retrouve donc des traditions de Noël inspirées d’autres coins du pays mais également du sud de l’Allemagne, proche à la fois sur le plan géographique et historique.

Les préparations commencent dès la période de l’Avent avec l’organisation de messes quotidiennes, les roraty, sorte de préparation spirituelle jusqu’au réveillon. En Silésie, le sapin est traditionnellement orné de noix et habillé de papiers brillants comme des emballages de bonbons, mais également de bougies, de fruits et de guirlandes. En dessous, il est de coutume d’y placer une crèche.

La siemieniotka, soupe grise préparée à partir de graines de lin et avec beaucoup d’oignons, est la soupe silésienne typique pour le réveillon. Une autre spécialité de la région est la moczka, une soupe-dessert au pain d’épices, à consommer les yeux fermés pour ne pas être perturbé par son aspect et tous les fruits secs qui flottent dedans… N’oublions pas également les makówki, petits gâteaux de Silésie préparés spécialement pour l’occasion et à base de graines de pavot, de fruits secs, de miel, d’amandes et de noix.

À l’issue du repas, ce n’est pas le père Noël qui vient apporter les cadeaux aux enfants mais le petit Jésus « Dzieciątko » , comme dans certaines régions d’Allemagne ou en République tchèque.

La Silésie est également connue pour ses pains d’épices (pierniki) qui sont produits à Racibórz depuis le XVe siècle. Si vous avez l’occasion de vous y rendre, ne manquez pas les dégustations de pains d’épices organisées pour la Saint-Nicolas au château Piastowski – on peut en manger jusqu’à cinq cents différentes sortes !

Le marché de Noël de Wrocław (Jarmark Bożonarodzeniowy) avec ses parades, ses illuminations et ses concerts vaut également le détour.

En Grande-Pologne on attend l’homme-étoile…

Comme en Silésie, la soupe grise à base de graines de lin est présente sur les tables du réveillon de Noël, avec du chou aux pois cassés et des pierogi aux champignons. On compte également du hareng à la crème et la traditionnelle kompot, boisson traditionnelle non alcoolisée préparée à partir de fruits frais séchés ou bouillis. Toutefois, dans la région de Poznań, on ne sert « que » neuf plats différents – les habitants de Grande-Pologne ont la réputation d’être économes !

Dans les villages, « Gwiazdor » (de gwiazda, « étoile » en polonais) distribue à l’issue du repas les cadeaux aux enfants. C’est un personnage masqué, vêtu d’une peau de mouton et muni d’un bâton et d’une cloche qui porte un large sac rempli de présents sur le dos. Au son de sa cloche, les habitants se préparent à accueillir Gwiazdor qui peut être accompagné par sa compagne, entièrement vêtue de blanc. Cette tradition a néanmoins pratiquement disparu en Pologne au profit de la figure de Saint-Nicolas ou du père Noël.

… et en Cachoubie Gòdë

Les Cachoubes constituent un groupe ethnique très caractéristique qui cultive son individualité malgré une forte germanisation à partir du XVIIIe siècle. Leurs traditions de Noël sont donc assez particulières. Du 25 décembre au 6 janvier s’étend le « Gòdë » , période de jeûne suivie d’un réveillon tout aussi frugal. Les plats principaux sont préparés à base de pois, de haricots, de fruits et de légumes secs tandis que la soupe typique (zupa brzadowa) se compose de prunes, de pommes, de poires et de cerises séchées avec de la crème fraîche ou du lait.

Il n’y aurait pas de réveillon sans chœurs de Noël, les kolędnicy. Ces jeunes déguisés en anges de la mort, diables ou soldats sur un cheval en bois, passent dans les villages pendant toute la période de Noël. Ils chantent des cantiques et organisent des petites saynètes dans une ambiance bon enfant.

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En Cachoubie comme en Silésie, c’est Gwiazdor qui distribue les cadeaux aux enfants. Pour obtenir son cadeau, l’enfant doit réciter une prière. Gwiazdor porte une fourrure et une ceinture de paille tandis que son visage est recouvert d’un masque fait de cuir de veau (larwa).

Actuellement, beaucoup de ces traditions disparaissent mais dans les plus petits villages, on peut toujours trouver des traces de la culture cachoube.

En Varmie-Mazurie, un Noël teinté de paganisme

Située au nord de la Pologne et christianisée plus tardivement, la Varmie-Mazurie se distingue par des traditions davantage empreintes de paganisme. Les célébrations contemporaines de Noël ne se sont généralisées que depuis 1945 – auparavant, cette fête s’appelait « gody » et était l’occasion de prendre les augures et d’honorer les morts.

Les rites n’étaient alors pas liés à la religion catholique. Les habitants de cette région ne jeûnaient pas et le repas du réveillon ne différait pas du repas quotidien, quoiqu’il pût être plus recherché : on servait par exemple de l’oie rôtie. On préparait aussi immanquablement un gâteau de levure dont le nom variait en fonction de la localité de la région. La soupe typique s’appelait « ptasie mleczko » (lait d’oiseau) et elle était préparée à partir de pavot et de sucre.

De la même façon, on ne pratiquait pas le partage de l’opłatek en Varmie-Mazurie. En revanche, le linge de maison était systématiquement changé pour l’occasion afin de célébrer Noël avec éclat. La nappe blanche est d’ailleurs un des éléments constitutifs de la table traditionnelle du réveillon dans l’ensemble du pays.

Les premiers sapins sont apparus en 1910 dans les maisons aisées où ils ont remplacé les pailles placées dans le coin des chambres, gages de bonne récolte. Les cadeaux étaient alors offerts par Nikolus ou Pikolus, devenu plus tard Mikołaj (Saint Nicolas) sous l’influence des autres régions polonaises.

À Podhale, honneur aux céréales

La région montagnarde de Podhale regorge de traditions et de rites folkloriques profondément enracinés dans la culture locale. Pour les habitants, le jour du réveillon de Noël est très important car son bon déroulement est réputé influencer le cours de l’année à venir. Le matin, les montagnards encensent donc le bétail tandis que les femmes font des décorations pour les arbres de Noël. Les sapins sont aussi décorés de bonbons et de petits ornements à partir d’opłatek qui s’appellent « światy« .

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Parmi les plats traditionnels, on peut trouver des champignons, du żurek, de la soupe de pois, des pommes de terre et des pierogi farcis à la choucroute. Dans les maisons aisées, on mangera également de la truite grillée. Le 24 décembre est pour tous jour de jeûne jusqu’au soir. Après pasterka, la messe de minuit, les jeunes garçons « podłaźnicy » circulent dans les villages pour présenter leurs vœux. Le lendemain, jour férié, on s’abstient de travailler pour rendre visite aux voisins et le 26 décembre est consacré à la bénédiction de l’avoine.

Les traditions de Noël varient donc en fonction des régions, des croyances religieuses et des racines culturelles des habitants. Cette diversité est une véritable richesse en Pologne et fait partie intégrante du patrimoine culturel du pays. Même si les us et coutumes de chacun peuvent différer, un trait demeure commun à l’immense majorité des Polonais : Noël est une fête majeure et magique attendue à tout âge avec impatience. Joyeux Noël à toutes et tous ! Wesołych Świąt!

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