« Les Polonais sont très entrepreneurs et très indépendants »

Éric Bramoullé vit depuis un an en Pologne où il dirige la filiale locale d’Amundi, leader européen de la gestion d’actifs et numéro 9 mondial. Pourquoi ce groupe a-t-il choisi de s’implanter en Pologne ? en quoi les Polonais se distinguent-ils des Français dans le travail et dans la vie de tous les jours ? Éléments de réponse dans ce premier entretien de notre cycle « Français en Pologne ».


Karolina Modrykamień : Éric Bramoullé, pourriez-vous nous rappeler quelle est la nature de l’activité Amundi en Pologne et de votre mission ?

Éric Bramoullé : Filiale à 75% de Crédit Agricole SA et à 25% de Société générale, Amundi est spécialisée dans la gestion d’actifs pour compte de tiers. Avec près de 780 milliards d’euros d’actifs sous gestion, Amundi compte parmi les plus grands acteurs de l’industrie de l’asset management mondial et est le premier gestionnaire d’actifs sur le marché européen.

Jusqu’à maintenant, nous n’étions pas présents en Pologne car nous voulions être certains d’avoir un partenaire suffisamment avancé sur ce marché pour pouvoir distribuer nos produits. Ainsi, nous sommes en phase de démarrage de notre activité avec Crédit Agricole Bank Polska.

Quelles sont les raisons qui ont poussé la direction d’Amundi à se développer dans ce pays ?

La raison est très simple. La Pologne représente de loin le plus grand marché pour notre industrie en Europe centrale. De plus, la bourse de Varsovie est la plus dynamique de toute la région avec plus de 400 sociétés cotées. Dans notre métier, c’est donc un marché extrêmement attractif.

Dans son récent discours à la télévision, le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré que la Pologne incarnait la liberté. En France, la liberté est inscrite dans la devise nationale et constitue l’une des valeurs les plus chéries par vos concitoyens. Ressentez-vous ce lien commun entre les Français et les Polonais ?

Oui, certainement. Les Polonais sont très entrepreneurs et très indépendants. Leur ouverture d’esprit se manifeste également dans leur bonne maîtrise des langues étrangères. En général, ils parlent très bien anglais.

Les liens entre la France et la Pologne sont historiques et forts. Les Français comme les Polonais tiennent beaucoup à leurs traditions qui se caractérisent par une certaine fierté nationale. Pour ce qui concerne la liberté, je pense qu’elle est aujourd’hui une valeur importante et reconnue dans tous les pays développés.

Quelles différences remarquez-vous dans le travail au quotidien entre les Polonais et les Français ?

Une différence essentielle que j’ai remarquée concerne la façon de communiquer. Les Polonais sont très directs et explicites alors que les Français aiment débattre et développer leurs arguments en étant plus implicites. Les Français suivent le cheminement introduction-développement-conclusion, à l’inverse des Polonais qui commencent généralement par les conclusions pour ensuite expliquer comment ils y ont abouti (rires). Cela demande un petit temps d’adaptation.

En arrivant à Varsovie, que saviez-vous de la Pologne ? Confrontées à la réalité, ces informations se sont-elles confirmées ou plutôt le contraire ?

Avant d’habiter en Pologne, mes connaissances du pays se limitaient à l’histoire de ses relations avec la France que j’ai pu lire dans les livres d’histoire. En outre, j’ai des souvenirs de mon enfance car mes parents enseignaient à l’université et avaient profité des échanges universitaires pour visiter Toruń. C’était l’époque du régime communiste et ils me racontaient des histoires de leur séjour. Pourtant je n’avais jamais été en Pologne avant mon premier séjour en 2012 et je suis donc d’autant plus content d’avoir aujourd’hui la possibilité de découvrir la culture et la vie quotidienne polonaise.

Toruń, ville de naissance du grand astronome Nicolas Copernic

« D’un côté, tout semble ici être comme en France. Et pourtant… »

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Que l’hiver a été si court ! (rires)

Vous savez, quand je suis arrivé ici, je trouvais que les Polonais et les Français se ressemblaient beaucoup. Je croyais le voir dans tout, dans la manière dont on parlait, dont on échangeait dans le cadre du travail etc.

Cela a duré jusqu’au moment où j’ai découvert le service client polonais, parfois plutôt inégal. En entrant dans un magasin, je ne savais pas si je pouvais compter sur un conseil ou sur de l’aide de la part des vendeurs. Certes, l’anglais comme langue unique de communication n’améliorait pas les choses et je suis d’ailleurs en train d’apprendre le polonais. Toutefois, les comportement des Polonais évolue de manière rapide, sûrement du fait de la mondialisation.

D’où viennent ces différences ?

Je pense que la Pologne occupe une place spéciale dans le cœur de l’Europe. Elle est au milieu, entre les cultures de l’est et de l’ouest. D’un côté, tout semble ici être comme en France : les magasins, les cinémas, etc. Et pourtant, la façon de mener les affaires ou de communiquer sont la preuve que la Pologne est soumise aux influences de la culture slave.

Je m’en suis rendu compte lors de mes premiers rendez-vous d’affaires en Pologne, pendant lesquelles il n’était pas rare que je rencontre des sociétés ayant une forte activité dans d’autres pays de l’Europe centrale et orientale. Or, pendant longtemps, en France, les zones d’influences des entrepreneurs rencontrés sur le terrain se terminaient en Allemagne !

Y a-t-il des choses ici qui vous ont déçu ?

Je ne dirais pas « déçu », il s’agissait plutôt des choses qui étaient un peu difficiles à comprendre pour moi. Par exemple, cette façon très directe de communiquer, notamment dans le cadre professionnel. En effet, toute situation de découverte d’une autre culture nécessite un certain temps d’adaptation.

Que recommanderiez-vous à un Français atterrissant pour la première fois en Pologne ?

D’abord, je trouve que c’est une période intéressante pour visiter la Pologne. C’est un pays en plein changement. Je recommande de se laisser guider à travers le patrimoine historique et les grands immeubles qui témoignent de l’histoire douloureuse de la Pologne. Varsovie, comme le reste du pays que j’ai partiellement découvert, a beaucoup à offrir.

Des projets de voyages touristiques en Pologne pour les mois à venir ?

Oui, si le temps me le permet ! J’espère visiter prochainement Cracovie et la région des lacs – la Mazurie. Pour l’hiver en revanche, je me réserve la région des Tatras au sud car j’adore faire du ski !

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