La Pologne, nouvelle puissance exportatrice européenne

Écrans plats, réfrigérateurs, voitures, meubles … derrière l’étiquette « made in EU » et les marques les plus variées, il y a de fortes chances que ces produits que vous rencontrez au quotidien soient fabriqués en Pologne, dont les exportations ne se limitent plus à la vodka Żubrówka et au jambon « Polish Ham ».


Le « made in Poland » n’est pas très visible dans les rayons des magasins en Europe et pourtant, l’évolution des exportations de la Pologne ces dernières années révèle qu’elle a beaucoup bénéficié de son adhésion à l’Union européenne en 2004 : en moins de dix ans, la valeur de ces exportations a doublé pour atteindre en 2013 près de 153 milliards d’euros.

Ceci s’explique en partie par la suppression des droits de douane et des autres barrières aux échanges avec le reste de l’UE mais aussi par l’afflux de capitaux étrangers, qui ont fortement contribué à moderniser l’appareil de production polonais. Mesurée en stock, la valeur des investissements directs étrangers (IDE) réalisés en Pologne est ainsi passée de 62,7 milliards d’euros en 2004 à 178,3 milliards d’euros en 2013, soit un quasi triplement.

Les économistes soulignent également qu’à partir de 2005, les projets d’investissement industriel sur le territoire polonais ont accompagné une montée dans la chaîne de valeur. Si cela a nourri de temps à autre des spéculations sur la délocalisation de certains sites d’Europe occidentale vers la Pologne, le coût du travail polonais, quoique toujours très compétitif et inférieur à la moyenne de l’UE, n’est plus l’unique facteur de l’attractivité du pays qui compte également sur son abondante main-d’œuvre qualifiée.

Le złoty, amortisseur de l’économie polonaise

Le succès de la politique économique polonaise, dont l’irrésistible montée des exportations est l’une des manifestations, repose aussi sur sa devise, le złoty, que les autorités de Varsovie ne semblent pas vouloir abandonner au profit de l’euro – au moins dans un avenir prévisible. La flexibilité du złoty a en effet plusieurs fois joué le rôle d’amortisseur pour l’économie polonaise et lui a permis de mieux absorber les chocs externes. En effet, en période de mauvaise conjoncture mondiale, la devise polonaise a tendance à se déprécier vis-à-vis de l’euro et du dollar américain, avec pour conséquence de rendre automatiquement les exportations polonaises moins chères et donc plus compétitives.

Après une forte dépréciation en 2008-2009 (en rouge), le cours du złoty s’est stabilisé autour de 4,2 pour un euro

Par exemple, suite à la crise économique de 2008 déclenchée par la faillite de la banque américaine d’investissement Lehman Brothers, la devise polonaise a perdu en moyenne 26% de sa valeur par rapport à l’euro sur un an. Grâce à cette flexibilité, la Pologne a enregistré en 2009 une nouvelle hausse de ses exportations (+4,4% en glissement annuel) alors que la demande mondiale connaissait un net tassement. Son déficit commercial a alors également été divisé par deux [1].

Qu’en est-il des relations avec la France ? Selon les services statistiques français, l’Hexagone a accusé en 2013 un déficit de 1,2 milliard d’euros dans ses échanges avec la Pologne, soit un léger rééquilibrage par rapport à 2012. Ce montant est nettement moins élevé que les déficits commerciaux du Royaume-Uni (-5,9 milliards d’euros) ou de l’Allemagne (-4,9 milliards d’euros) vis-à-vis de la Pologne mais l’Italie fait mieux en affichant un excédent de l’ordre de 1,5 milliard d’euros.

Un retournement du solde des échanges avec la France

Longtemps, le solde des échanges commerciaux entre les deux pays a été à l’avantage de la France mais il s’est retourné en 2009 et n’a cessé de se dégrader jusqu’en 2012. Si la Pologne demeure le premier partenaire commercial de la France en Europe centrale, la part de marché des fournisseurs français dans le total des importations polonaises a subi une érosion en passant de 4,7% en 2008 à 3,8% en 2013 tandis que le poids de la France parmi les clients de la Pologne n’a baissé que légèrement sur la même période, de 6% à 5,6%.

L’explosion du volume global des exportations polonaises s’est accompagnée d’un changement considérable de leur structure au fil des années. Parmi les produits qui ont aujourd’hui un vif succès sur les marchés extérieurs, on peut citer en particulier les équipements électroniques puisqu’après son adhésion à l’UE, la Pologne a commencé à accueillir les usines de nombreux fabricants mondiaux tels que Dell, LG, Sharp, Toshiba ou encore TPV. La Pologne est ainsi devenue le principal fabricant d’écrans plats en Europe.

Nombre de ces écrans plats ont probablement été fabriqués en Pologne

L’industrie agroalimentaire a également connu une expansion rapide depuis 2004 avec une évolution des exportations à deux chiffres. D’après le ministère polonais de l’Agriculture, la valeur des exportations agroalimentaires de la Pologne s’est approchée en 2013 des 20 milliards d’euros, soit une augmentation de 11,5% en glissement annuel. Les principales productions polonaises sont les viandes, les produits laitiers, les boissons alcoolisées, les jus de fruits, les produits à base de blé (pain et pâtes), les sucres et confiseries ainsi que l’alimentation animale. On notera la forte présence dans ce secteur en Pologne d’entreprises françaises comme Bel, Bonduelle, Bongrain, Celia, Danone, Lactalis …

Le principal fabricant d’écrans plats en Europe

La Pologne est aussi un grand fabricant et exportateur de meubles : le secteur, composé de plus d’une centaine de grands producteurs et de nombreuses autres entreprises plus petites, représente environ 2% du PIB polonais et 140 000 emplois. En 2012, il a exporté pour un montant de 6,2 milliards d’euros, soit un solde commercial positif de 5,2 milliards d’euros. On notera que le suédois IKEA a déjà ouvert en Pologne quatre sites de production de meubles dont l’activité est principalement orientée vers l’exportation. L’Allemagne constitue à ce titre un marché privilégié qui absorbe plus du tiers de la production polonaise tandis que la France arrive en deuxième position avec 9% selon le syndicat interprofessionnel polonais du meuble.

Si la production et les exportations automobiles ne représentent pas en Pologne un poids comparable à celui atteint dans les pays limitrophes tels que la République tchèque ou la Slovaquie, elle accueille néanmoins des usines de VW (utilitaires), GM Polska (modèles Opel Astra et Zafira), Fiat (Lancia Ypsilon, Fiat 500) et MAN (poids lourds). Les équipementiers automobiles ne sont pas en reste avec Toyota, GM, Delphi, Eaton, Faurecia, Valeo ou encore Hutchinson dont l’activité est principalement tournée vers l’exportation. D’après les premières estimations pour 2013, la valeur des exportations polonaises pour l’ensemble du secteur automobile a avoisiné les 18 milliards d’euros.

Enfin, l’électroménager constitue une catégorie dans laquelle la Pologne est devenue ces dernières années un leader européen avec des implantations industrielles de fabricants renommés tels qu’Indesit, Bosch-Siemens, Electrolux, LG, Samsung, Whirlpool ou Fagor, sans oublier les fabricants locaux Zelmer et Amica. Avec des capacités de production de près de 13 millions d’unités par an, l’industrie polonaise de l’électroménager est, d’après l’association professionnelle CECED Polska, orientée à près de 80% vers l’exportation. En 2013, les exportations polonaises dans cette branche ont atteint 4 milliards d’euros, principalement à destination de l’Allemagne (21%) et de la France (14%).

La marque « Pologne » encore à valoriser

Tous secteurs confondus, le déficit commercial polonais a baissé en 2013 de 79% en l’espace d’un an pour atteindre seulement 0,6% du PIB. Pour autant, les autorités polonaises ne souhaitent pas en rester là. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie Janusz Piechociński a ainsi récemment annoncé un ambitieux programme de développement des exportations pour que leur contribution au PIB, proche aujourd’hui de 40%, grimpe à l’horizon 2020 à 60%.

Pour cela, le nombre de sociétés exportatrices polonaises, actuellement voisin de 60 000, devra doubler sur la même période selon M. Piechociński. Une panoplie de mesures sera mobilisée à cette fin : mise en place de facilitées de crédit à l’exportation par la banque d’État BGK, développement de l’assurance-crédit à l’exportation par la KUKE (équivalent polonais de la Coface), renforcement des services économiques (WPHI) auprès des ambassades polonaises à l’étranger … L’objectif de M. Piechociński est-il réalisable ? On se souviendra qu’en 2000 encore, la part des exportations dans le PIB polonais n’était que de 18,5% !

Un point faible de cette stratégie reste cependant la promotion de la marque « Pologne », insuffisamment mise en valeur à l’étranger. En dépit des incontestables succès des exportateurs polonais ces dernières années, certains d’entre eux évitent de révéler la provenance réelle de leur production et préfèrent des désignations telles que «made in Europe» ou « made in EU ». Un déficit d’image néanmoins en recul par rapport aux années 1990.

[1] On relèvera que la Pologne a été le seul État membre de l’UE à n’avoir pas subi de récession en 2009.

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