Jan Karski, un héros qui échappe aux stéréotypes

Il y a quelques semaines, le Parlement polonais a décidé de dédier l’année 2014 à la mémoire de Jan Karski, grand héros polonais du temps de la Seconde Guerre mondiale. C’est une bonne occasion pour redécouvrir ce diplomate et professeur qui a aussi inspiré Yannick Haenel.

Qui était Jan Karski ?

Jan Karski en 1994 devant une carte du ghetto de Varsovie
Jan Karski en 1994 devant une carte du ghetto de Varsovie

Né en 1914 dans une famille chrétienne petite-bourgeoise, il commence à travailler peu avant la guerre au ministère des Affaires étrangères. Sa participation à la campagne de septembre 1939 lui vaut d’être fait prisonnier de guerre par les Soviétiques qui envahissent la Pologne le 17 septembre 1939. Redoutant les communistes, il s’échappe et rejoint la zone d’occupation allemande avec l’espoir qu’elle sera plus tolérable. Cependant, il découvre très vite la brutalité des nazis et décide d’intégrer les rangs de la résistance.

Début 1940, il est nommé courrier pour transmettre des messages des résistants au gouvernement polonais en exil en France. La mission n’est pas facile : la seule route pour Paris passe par les Carpates, la Hongrie et les Balkans. Karski parvient malgré tout à Paris mais il est arrêté par les Allemands sur le chemin de retour. Torturé par la Gestapo, presque mourant, il est libéré par des résistants et soigné en clandestinité. Une fois guéri, il trouve le courage de continuer la lutte.

Dans le même temps, la situation empire et les nazis entament leur action d’extermination des juifs en Pologne. Tout d’abord, ils créent dans toutes les grandes villes polonaises un quartier fermé pour y regrouper des juifs locaux. Bien que la communication avec ces quartiers soit très limitée, les habitants de l’extérieur reçoivent des informations de plus en plus alarmantes.

Ensuite, vers 1942, les premiers camps d’extermination commencent à fonctionner sur le territoire polonais. Le gouvernement clandestin polonais décide d’informer de cette situation le gouvernment en exil à Londres. En coopération avec des représentants des élites juives, Karski entre dans le ghetto de Varsovie et plus tard, comme «garde ukrainien», il s’infiltre dans l’un des camps d’extermination pour rassembler des informations et des témoignages. Les images vues dans ces endroits infernaux vont le tourmenter jusqu’à la fin de sa vie.

En 1942, Karski part une nouvelle fois en mission et réussit à gagner Londres. Il rapporte aux gouvernements polonais, britannique et américain les messages que lui ont confiés les leaders juifs. Karski est reçu entre autres par Anthony Eden et Franklin D. Roosevelt ; il écrit aussi un rapport dans lequel il donne des détails de la situation en Pologne occupée. Hélas, soit à cause de l’ampleur inouïe de l’Holocauste, soit à cause de la Realpolitik des grandes puissances, le rapport de Karski est ignoré. Cette indifférence des Américains et des Britanniques à ses témoignages et aux appels des Juifs polonais devient la tragédie de vie de Karski ; la tragédie de quelqu’un qui a vu l’enfer et ne peut rien faire pour aider ceux qui y sont jetés.

Karski reste aux États-Unis après la guerre et devient professeur à l’université Georgetown de Washington. Il mourra en 2000.

Karski, Haenel et les stéréotypes

Le Cavalier polonais de Rembrandt, tableau de référence dans le roman de Haenel
Le Cavalier polonais de Rembrandt, tableau de référence dans le roman de Haenel

Certains lecteurs français ont déjà pu découvrir Karski grâce au roman de Yannick Haenel « Jan Karski » paru aux éditions Gallimard en 2009. Le livre a connu un vrai succès littéraire et a été nominé au Prix Goncourt, mais il a aussi suscité une vive polémique en s’attaquant à une opinion répandue en France sur l’antisémitisme des Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. En un peu plus de 200 pages, l’auteur, qui n’a pourtant pas de lien personnel avec la Pologne, présente pourtant de façon convaincante le contexte très compliqué et tragique de cette période avec au centre un humaniste et un intellectuel qui risque sa vie pour donner l’alerte sur le plus grand crime du XXe siècle.

Les sévères critiques de Claude Lanzmann, le réalisateur de « Shoah », comme l’intérêt provoqué par le roman ont néanmoins eu le mérite d’inciter les éditeurs français à publier pour la première fois d’autres livres déjà parus aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Israël ou en Pologne sur les thèmes de Jan Karski et de la Pologne pendant la guerre. Il existe également de nombreux entretiens et articles sur le sujet car après le film de Lanzmann, Karski est devenu reconnaissable dans le monde entier. Il a même fait l’objet d’une pièce de théâtre d’Arthur Nauzyciel, d’abord jouée au festival d’Avignon en 2011 puis en 2012 notamment au Théâtre polonais de Varsovie.

Le roman « Jan Karski », comme d’autres livres sur le personnage, intéressera donc tous ceux qui veulent de façon accessible en savoir davantage sur les Polonais et leur histoire pendant la Seconde Guerre mondiale.

Laisser un commentaire