Girard à Żyrardów : sur la route du lin

Ancienne capitale polonaise du lin et cité ouvrière du XIXe siècle parmi les mieux conservées en Europe, Żyrardów a une histoire commune avec la France qui remonte à sa création. Sur les traces de Philippe de Girard, inventeur français de génie dont l’œuvre demeure visible en Pologne jusqu’à aujourd’hui.


Située entre Varsovie et Łódź, au centre de la Pologne, la ville de Żyrardów (prononcer Girardouf) tire son nom du prolifique ingénieur français Philippe de Girard, qui a mis au point en 1810 la première machine à filer le lin en réponse à un concours organisé par Napoléon Ier. Cette invention a non seulement permis au nord de la France de moderniser son industrie textile mais elle s’est répandue dans toute l’Europe, y compris en Pologne. En 1825, le tsar de Russie Alexandre Ier, qui règne alors également sur le Royaume de Pologne, propose en effet à l’inventeur français de superviser la construction d’une usine sur le domaine encore très rural de Ruda Guzowska.

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C’est autour de cette fabrique que se développera une ville nouvelle, exemple des conceptions les plus avancées de l’époque en matière d’architecture et de paternalisme industriel. Deux associés allemands, Karol Dittrich et Karol Hielle, rachètent l’usine en 1857 et l’agrandissent au point d’en faire le plus important centre de production de lin en Europe. En hommage à l’initiateur de cette formidable expansion, la ville prend le nom de Żyrardów et connaît un rayonnement international puisqu’elle accueille en 1889 le chah de Perse et reçoit au tournant du siècle le Grand Prix de l’Exposition universelle de Paris. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la «cité idéale» de Żyrardów continue de prospérer et on y expérimente les techniques les plus innovantes : le bâtiment de la Nouvelle Filature est ainsi l’un des premiers au monde à faire usage de béton armé.

L’entrée de l’Ancienne Filature avec en arrière-plan le bâtiment de la Nouvelle Filature

Comme ailleurs en Europe, le paternalisme industriel qui encadre avec ses églises, ses écoles, ses logements et ses hôpitaux la vie de l’ouvrier de la naissance à la mort, génère des résistances. En 1883, Żyrardów voit apparaître la première grève générale de Pologne. Cette tradition de mouvements sociaux ressurgira dans les années 1980 lorsque les ouvrières des usines textiles, alors nationalisées, s’engageront de façon marquée dans les rangs du syndicat libre Solidarité (Solidarność).

Toutefois, ce sont avant tout les bouleversements géopolitiques dans la région qui entraînent la fin de l’âge d’or de Żyrardów. La Première Guerre mondiale cause en effet la destruction d’une partie des capacités industrielles de la ville tandis que l’effondrement des empires austro-hongrois et russe la coupe de ses marchés traditionnels. Żyrardów fournissait la cour de l’Empereur de Russie et parce qu’elle était située le long de l’axe ferroviaire Varsovie-Vienne, ses produits étaient également distribués dans le vaste empire des Habsbourg.

L’ « affaire de Żyrardów », cause de refroidissement des relations franco-polonaises

Dans l’Europe de l’entre-deux-guerres, la Pologne indépendante entretient des liens très étroits avec la France qui se traduisent entre autres dans le domaine industriel. Le « roi du coton » Marcel Boussac, connu pour avoir découvert Christian Dior, rachète en 1923 les usines de Żyrardów à un prix très avantageux. Cependant, une gestion hasardeuse mène l’entreprise au bord de la banqueroute et certains dirigeants, soupçonnés de fraude fiscale, sont arrêtés. La présence de Français sur le banc des accusés tend les relations entre Paris et Varsovie, au point que la presse parle d’une « affaire de Żyrardów ».

De nos jours, les liens économiques entre la France et Żyrardów se manifestent dans un secteur tout à fait différent puisque la ville abrite le siège de Polmos, filiale du groupe LVMH et producteur … de la vodka de luxe Belvedere. Vendue dans le monde entier, cette boisson est distillée exclusivement à Żyrardów à partir d’une variété de seigle particulière, l’or de Danków, qui pousse dans la région de Mazovie à proximité de la ville.

De l’industrie textile autrefois florissante, il ne reste plus que quelques PME spécialisées dans le tissu technique ou le linge de maison haut de gamme. En revanche, les grandes usines, pour la plupart d’époque, ont été restaurées et reconverties en lofts et en galeries marchandes, offrant une deuxième vie à ce patrimoine historique, tandis que les maisons ouvrières et les écoles en brique rouge continuent de remplir leur fonction première après avoir été rénovées.

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La capitale du lin

L’héritage industriel est également valorisé au travers du tourisme, en coopération avec d’autres villes traversées par l’ancienne ligne de chemin de fer Varsovie-Vienne. Cette zone était en effet l’une des plus développées de l’Empire russe au XIXe siècle avec des usines textiles mais aussi des ateliers ferroviaires et automobiles. Łódź, immortalisée dans le film d’Andrzej Wajda « La Terre de la grande promesse », a été un temps l’un des plus importants foyers de l’industrie textile en Europe et a été surnommée en conséquence le Manchester polonais. Toutefois, elle était plutôt spécialisée dans le coton à la différence de Żyrardów où l’on travaillait surtout le lin.

C’est ce passé que la ville cherche à faire fructifier au travers de la création d’un musée de l’industrie du lin, dont l’ouverture est prévue pour l’automne 2014. Il prendra place dans une ancienne fabrique encore équipée de machines et pourra accueillir aussi bien des groupes d’écoliers que des étudiants d’universités technologiques ou des visiteurs passionnés. La mairie rajoute de la sorte un élément à son dossier de candidature pour son inscription sur la liste du patrimoine mondiale de l’UNESCO.

Derrière les carreaux, le futur musée de l’industrie du lin de Żyrardów

Naturellement jumelée avec Lourmarin en Provence où est né Philippe de Girard, Żyrardów cherche dans le même temps à développer de nouvelles coopérations avec d’autres villes en France intéressées par des échanges d’expérience en matière de restauration de patrimoine industriel et de sa valorisation grâce au tourisme. Elle est également à la recherche d’écoles ou d’associations partenaires en France pour l’organisation d’échanges linguistiques et culturels dans le cadre de programmes européens tels que « L’Europe pour les citoyens ».

Comment se rendre à Żyrardów ?

Żyrardów se trouve à 44 kilomètres de Varsovie et 90 kilomètres de Łódź, toutes les deux équipées d’un aéroport. De Varsovie comme de Łódź, il est possible de rejoindre Żyrardów par l’autoroute A2 ou par le train – compter entre 30 minutes et une heure de trajet.

Office du tourisme
Ouvert du lundi au vendredi de 10 heures à 16 heures et les samedis et dimanches de 10 heures à 16 heures.
Adresse : ul. Maja 45, 96-300 Żyrardów
Téléphone : (+48) (0) 46 854 28 28
E-mail : cit@zyrardow.pl
Site internet de la mairie : http://www.zyrardow.pl/1159,main-site.html

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