Éditorial de M. Tomasz Orłowski, secrétaire d’État, ministère des Affaires étrangères

J’ai accepté volontiers d’écrire l’introduction au présent numéro du « Courrier de Pologne » , dédié à la Polonia et aux Polonais vivant à l’étranger.

Tout au long de ma mission de l’ambassadeur de Pologne à Paris, j’étais lecteur assidu de ce magazine, impressionné par la pertinence du choix de la problématique et son niveau rédactionnel élevé.

L’initiative de consacrer le présent numéro à la Polonia et aux Polonais vivant en permanence à l’étranger est d’autant plus justifiée, car la Pologne occupe la sixième place au monde, vu l’importance de sa diaspora par rapport à sa population entière. Selon nos estimations, environ 20 millions de personnes vivant en dehors de la Pologne déclarent ressentir des liens avec leur patrie d’origine, soit par l’intermédiaire de la langue et de la culture, soit par l’attachement à leurs racines. La majorité d’eux est pourtant née à l’étranger et constitue la deuxième, troisième, voire quatrième génération d’émigrés.

Les Polonais ont été obligés de quitter leur pays à des moments et pour des motifs différents, aussi bien politiques qu’économiques. Au XIXe siècle, quand la Pologne fut privée de son indépendance, de nombreux insurgés de 1830 et 1863 partirent vivre ailleurs. À titre d’exemple, le prince Adam Czartoryski et les grands poètes Adam Mickiewicz, Juliusz Słowacki et Cyprian Norwid résidèrent a Paris.

Pendant la Seconde Guerre mondiale puis la période communiste qui la suivit, le gouvernement polonais demeura en exil. La pensée libre se développa à l’émigration, entre autres autour du magazine littéraire polonais Kultura fondé par Jerzy Giedroyc. Nos autres compatriotes, tels que Zbigniew Brzeziński, conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis dans les années 1970, contribuèrent à la vie politique de leurs nouvelles patries. En même temps, un autre grand Polonais, Karol Wojtyła, est devenu l’évêque de Rome et c’est lui, Jean-Paul II, qui a fait entrer l’Église universelle dans le nouveau millénaire.

Après notre entrée dans l’Union européenne, une nouvelle vague migratoire a rejoint les Polonais résidant à l’étranger. Mais cette fois-ci, ils ont pu bénéficier de leurs droits de citoyens européens. En effet, ils contribuent au développement des pays de résidence et, par conséquent, au développement de l’Union entière. La valeur de leur travail selon nos estimations atteindra 85 milliards d’euros en 2020. En même temps, trente mille jeunes Polonais étudient à l’étranger.

Formons le vœu à ce que leur départ à l’étranger, que nous souhaitons temporaire, ne signifie aucunement une rupture avec leur patrie. Promouvant la connaissance de la langue, nous voulons renforcer leur liens culturels et favoriser les échanges économiques, aussi bien de ceux qui rentreront que ceux qui choisissent de vivre ailleurs.

Cela se réfère notamment à tous les Polonais demeurant à l’ouest du continent et aux États-Unis. La situation de nos compatriotes vivant à l’Est se présente différemment. À vrai dire, ils n’ont jamais quitté leur patrie : c’est à cause du changement de frontières que la patrie les a abandonnés. Les Polonais vivant en Biélorussie, en Ukraine, en Lituanie et en Russie méritent une attention particulière. Leurs droits de minorité nationale loyale au pays de la résidence ne sont pas toujours respectés, il nous faut le rappeler et leur fournir un soutien approprié.

Les Polonais vivant à l’étranger ne sont pas homogènes par la densité de leurs liens avec la Pologne, par la connaissance de leur langue maternelle et par le niveau de leur identification avec le pays d’origine, mais aussi par le rôle qu’ils peuvent jouer dans leur patrie d’adoption. Leurs attentes envers l’État polonais sont également différentes. Notre tâche essentielle demeure cependant claire, il s’agit d’assurer aux Polonais vivant à l’étranger l’opportunité de participer à la vie culturelle nationale et de maintenir ainsi l’identité polonaise.

Il est en même temps important de garder vifs les contacts avec cette Pologne qui, le dernier quart de siècle durant, a connu une transformation réussie et sans précédent en matière politique, économique, sociale et mentale. La Pologne d’aujourd’hui souhaite s’ouvrir largement au monde. C’est un grand défi aussi bien pour la diaspora polonaise qui peut y avoir un rôle majeur, incarnant un trait d’union entre son pays de provenance et son pays de résidence.

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