Compositeurs polonais de musique de film : plus que du fond !

Star Wars, Le Seigneur des anneaux, Indiana Jones… certains films sont devenus des classiques de la culture populaire non seulement grâce à leurs héros ou leurs phrases cultes, mais aussi pour leur musique. Un genre où excellent les compositeurs polonais comme Wojciech Kilar, Zbigniew Preisner ou Jan Kaczmarek, dont les bandes originales accompagnent aussi bien les productions polonaises qu’internationales.


En remportant en février 2015 l’Oscar du meilleur film étranger , le réalisateur Paweł Pawlikowski est le premier Polonais à rapporter sur les bords de la Vistule la précieuse statuette pour un film. Avant lui, Andrzej Wajda avait reçu en 2000 un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre tandis qu’en 2003, Roman Polański avait remporté l’Oscar du meilleur réalisateur mais pas celle du meilleur film, son Pianiste ayant été battu en finale par la comédie musicale Chicago.

FantasiaToutefois, il y a une catégorie où les artistes polonais sont particulièrement bien représentés parmi les vainqueurs des Oscars : les compositeurs de musique de film, avec pas moins de trois trophées. Le premier remonte à 1942 et avait été attribué à Leopold Stokowski, chef d’orchestre britannique d’origine polonaise, pour la bande originale du dessin animé de Walt Disney Fantasia interprétée par l’Orchestre de Philadelphie.

Si Leopold Stokowski a de la sorte révolutionné l’industrie cinématographique en faisant de Fantasia le premier long métrage d’animation avec musique stéréophonique, il a avant tout été un grand chef d’orchestre qui a travaillé avec de grands ensembles comme l’Orchestre philharmonique de New York, le Royal Philharmonic Orchestra de Londres ou encore l’Orchestre national de Radio France.

Le deuxième vainqueur polonais de l’Oscar de la meilleure musique de film est Bronisław Kaper. Né en 1902 à Varsovie qui fait alors toujours partie de l’Empire russe en l’absence d’État polonais indépendant, il commence à jouer à six ans et étudie la composition et le piano au Conservatoire de Varsovie. Dans les années 1920, il rejoint le trépidant Berlin pour faire carrière mais d’origine juive, il doit partir pour Paris après que les nazis arrivent au pouvoir en 1933.

C’est donc en France que Bronisław Kaper est découvert par Louis Burt Mayer, co-fondateur des studios américains de production Metro-Goldwyn-Mayer (MGM) – on se rappelle le fameux lion rugissant au début des films. Leur coopération durera près de trente ans et Bronisław Kaper composera pour quelque 150 films hollywoodiens, sans parler des productions antérieures franco-allemandes et franco-autrichiennes.

Les Révoltés du BountyBronisław Kaper a été nominé aux Oscars quatre fois et a reçu en 1954 la statuette dorée pour la bande son de la comédie musicale Lili de Charles Walters. C’est de ce film qu’est tirée la célèbre chanson Hi-Lili, Hi-Lo. Les compositions de Bronisław Kaper ont également laissé une profonde empreinte autour des Frères Karamazov (1958), des Révoltés du Bounty (1962, avec le légendaire Marlon Brando), Lord Jim (1965, dans le rôle titre Peter O’Toole) ou encore de la Puce à l’oreille (1968).

Comme Leopold Stokowski, Bronisław Kaper était un musicien tout court avant d’être un compositeur de musique de film. Certaines de ses œuvres sont donc devenues des classiques de la musique en général, en particulier dans le domaine du jazz avec On Green Dolphin Street adopté par Miles Davis et John Coltrane. La Philharmonie de Los Angeles continue jusqu’à aujourd’hui d’organiser en l’honneur de Bronisław Kaper une compétition pour jeunes musiciens afin de soutenir leur début de carrière.

Après une longue période de vaches maigres, Jan Andrzej Paweł Kaczmarek a renoué avec la tradition en étant en 2005 primé pour la musique du film Neverland de Marc Forster avec Johnny Depp et Kate Winslet. Il a composé la même année une œuvre commémorant l’activité de Solidarność, premier syndicat libre dans le bloc communiste et apparu au début des années 1980. À la différence de Leopold Stokowski et de Bronisław Kaper, Jan Kaczmarek est parti relativement tard pour les États-Unis et a donc gardé des liens plus forts avec la Pologne et le reste de l’Europe. Il a ainsi collaboré autour du Quo Vadis de Jerzy Kawalerowicz, d’une version franco-italo-allemande de Guerre et Paix pour la télévision, des Frères Karamazov de Petr Zelenka ou encore des Cavaliers de l’Apocalypse de Jonas Åkerlund.

Jan Kaczmarek a aussi été récompensé pour ses musiques de spectacle, par exemple Tis Pity She’s a Whore de Joanne Akalaitis qui lui a valu en 1993 le prix américain Drama Desk des critiques dramatiques. Enfin, le compositeur est très actif en matière de promotion des arts. Il a notamment créé en 2011 le festival Transatlantyk, qui a pour but de favoriser le dialogue entre art et société autour de grands sujets contemporains. Jusqu’ici organisé chaque année à Poznań, à l’ouest de la Pologne, il aura lieu à partir de 2016 à Łódź, au centre du pays. Le festival Transatlantyk est à la fois un festival de cinéma et de musique qui s’accompagne de débats et de représentations théâtrales.

Transatlantyk

De notre côté de l’océan, y compris en France, les compositeurs polonais ont également enregistré d’importants succès. Zbigniew Preisner a ainsi remporté deux Césars, d’abord pour la bande originale de Trois Couleurs : Rouge en 1995 puis un an plus tard pour Elisa. Autodidacte, il a collaboré pendant de nombreuses années avec le réalisateur Krzysztof Kieślowski, notamment connu en France pour son Décalogue, la trilogie Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge ou encore La double vie de Véronique. Après le décès du cinéaste en 1996, Zbigniew Preisner composa en son honneur le très beau Requiem for my friend, dont une partie apparaît dans la Grande Bellezza de Paolo Sorrentino.

La polyvalence du compositeur a trouvé à se manifester lorsqu’en 2005, David Gilmour des Pink Floyd lui a demandé de réarranger neuf chansons pour qu’elles puissent être jouées par un orchestre symphonique. Ce travail a donné lieu à un disque et une tournée de concerts.

Moins récompensé que Zbigniew Preisner mais peut-être plus connu du grand public grâce à sa participation dans des projets hollywoodiens, au premier chef le Dracula de Francis Ford Coppola, Wojciech Kilar a reçu en 2002 le César de la meilleure musique pour le Pianiste de Roman Polański.

KilarLui-même pianiste, il était très lié à Paris où il a été l’élève de Nadia Boulanger. De retour en Pologne au début des années 1960, il est devenu l’une des figures de proue du sonorisme aux côtés d’Henryk Górecki et de Krzysztof Penderecki. Au cours de sa longue carrière, Wojciech Kilar a composé la bande originale de plus de 130 films, dont de nombreux classiques du cinéma polonais (La Terre de la grande promesse d’Andrzej Wajda, Le Hasard de Krzysztof Kieślowski, L’Année du soleil calme de Krzysztof Zanussi…).

En 1999, il a été contacté par Peter Jackson pour l’écriture de la musique du Seigneur des anneaux, cependant c’est en définitive le Canadien Howard Shore qui rejoignit le projet. Néanmoins, Wojciech Kilar composa la même année la bande originale du film d’Andrzej Wajda Pan Tadeusz : Quand Napoléon traversait le Niémen, œuvre qui lui valut le plus grand succès de sa carrière.

Concluons ce panorama sur des compositeurs qui n’ont certes pas connu la même résonance à l’international mais dont les airs se sont inscrits dans la mémoire collective polonaise. C’est par exemple le cas de Krzesimir Dębski, auteur de la grandiose Mort des hussards pour le film Par le fer et par le feu, toujours détenteur du record du nombre d’entrées en Pologne – plus de 7 millions ! – depuis sa sortie en 1999. Il a également collaboré avec le réalisateur Jerzy Hoffman autour de Une vieille fable. Quand le soleil était un dieu et plus récemment La Bataille de Varsovie, 1920, grandes fresques historiques ou adaptations de classiques de la littérature.

De façon analogue, Michał Lorenc a travaillé sur les bandes originales de Ferdudurke de Jerzy Skolimowski, Psy (Les chiens) de Władysław Pasikowski (Jack Strong, Pokłosie) ou encore Żurek de Ryszard Brylski.

La notoriété des musiques de film dépend en grande partie du succès des films eux-mêmes, et il n’est donc pas surprenant que les compositeurs polonais les plus connus à l’international soient ceux qui ont travaillé avec les réalisateurs s’étant fait un nom au-delà des frontières de leur pays d’origine.

Dans le même temps, parce que dans une production cinématographique les compositeurs ne retiennent pas autant l’attention que le réalisateur ou les acteurs, de nombreux airs nous sont familiers sans que nous sachions qui en est l’auteur. Une écoute plus fine permettra néanmoins de distinguer une certaine touche polonaise, caractérisée par le goût pour l’histoire, une dimension épique et souvent la présence de thèmes religieux. La musique de film reste en effet avant tout de la musique et n’échappe donc pas aux courants musicaux « classiques » . L’audace dont fait preuve l’école polonaise de musique contemporaine se retrouve ainsi naturellement dans les bandes originales de film, pour le plus grand plaisir des yeux… et des oreilles.

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