Ces Français qui (re)découvrent la Pologne

Moins présents que les Allemands, Russes ou Ukrainiens, les Français sont néanmoins de plus en plus nombreux à partir visiter la Pologne. On peut les entendre au coin des rues, en groupe ou en solo. Les voyages en groupe organisés par les associations franco-polonaises comptent beaucoup dans ce nouvel essor. Elles expliquent au Courrier les centres d’intérêt des touristes français qui s’engagent dans ces programmes, leurs motivations et les sites favoris.


Thérèse est retournée pour la dernière fois en Pologne au début des années 2000 après de multiples allers-retours au cours des années 90. D’origine polonaise, elle y retrouvait une partie de sa famille installée dans les alentours de Varsovie. À chaque fois, elle ressentait le même « sentiment inexplicable » lors de son arrivée en Pologne. Une impression impossible à décrire mais que l’on peut facilement comprendre. Ces personnes d’origine polonaise sont nombreuses à vouloir connaître leurs racines et apprécier le pays de leurs aïeux. Néanmoins, ce ne sont pas les seuls à partir visiter la Pologne. Loin des clichés de fils et filles d’immigrés polonais souhaitant découvrir la terre de leurs ancêtres, des Français sans lien particulier avec la Pologne franchissent régulièrement l’Oder afin d’accéder à un pays encore peu connu de la majorité de nos compatriotes [1].

Publics divers pour motivations multiples

Ils peuvent s’y rendre seuls, entre amis ou en famille. Toutefois, les associations franco-polonaises organisant des voyages en groupe à destination de la Pologne constituent un lieu de socialisation privilégié. Chaque année, voire plusieurs fois par an, ces associations implantées dans de nombreuses régions françaises mettent à profit leurs connaissances de la Pologne et leurs réseaux sur place pour préparer des voyages d’une à deux semaines. Partant le plus souvent en car, parfois en avion si le budget le permet, ces périples offrent à tous la possibilité de découvrir la Pologne et d’apporter une autre vision de ce pays.

Les Français d’origine polonaise sont bien évidemment nombreux mais de plus en plus de Français sans lien familial avec la Pologne profitent de ces opportunités. Souvent bon marché et organisés par des personnes expérimentées, ces voyages sont l’occasion d’un échange véritable entre deux publics. Entre le retour aux sources et le plaisir de découvrir un nouveau pays, le mariage est concluant. Une alchimie pourtant loin d’être évidente : entre une vieille dame émue aux larmes par un retour en Pologne si attendu après 50 ans d’absence et un couple cherchant simplement à visiter Cracovie, les attentes sont loin d’être identiques. Néanmoins, les néophytes de la Pologne apprennent des voyageurs plus expérimentés qui ont déjà parcouru plusieurs fois le pays et certains deviennent des fidèles des voyages en groupe. Ils reviennent régulièrement, parfois chaque année.

Cracovie, Varsovie et les autres…

Les mines de sel de Wieliczka ne sont ouvertes au public que pour des visites guidées. Des visites en français sont organisées plusieurs fois par jour.

Ouest, Est, Nord, Sud, toutes les régions polonaises ont été sillonnées par ces bus remplis de Français en vadrouille. Une prédilection certaine existe pour la Petite Pologne (Małopolskie) dont Cracovie est la plus belle représentante et la véritable capitale touristique polonaise. Son centre-ville magnifiquement conservé, ses quartiers pittoresques et le fameux château royal du Wawel présentent un large champ d’exploration pour les Français avides de beauté architecturale et d’histoire polonaise. Aux alentours de l’ancienne capitale de Pologne, les mines de sel de Wieliczka qui offrent une visite guidée en français, et les tristement célèbres camps de la mort d’Auschwitz Birkenau sont visités par de nombreux touristes.

Un peu plus loin dans les hauteurs, certains n’hésitent pas à tenter l’expérience du ski en Pologne dans les stations de Zakopane ou plus récemment de Białka Tatrzańska. La petite ville de Bukowina Tatrzańska et ses multiples thermes font également le plaisir de groupes de Français amateurs de source chaude. Certaines associations organisent même des voyages d’hiver avec plus de cent personnes. Dans ces excursions, les voyageurs, une fois arrivés, sont assez libres de leur temps. Certains parcourent les Tatras à pied, en ski ou même en traîneaux à chevaux. Ils aiment ensuite se retrouver le soir à l’hôtel ou au restaurant pour partager des moments de convivialité, de danse et de fête. Les meilleurs souvenirs s’y font. Une organisatrice de voyage en groupe expliquait ainsi que « Le dernier jour, grâce à l’ambiance, nous formons une vraie famille » . Une remarque récurrente dans les témoignages recueillis.

Le Palais de la Culture et de la Science à Varsovie, dans la plus pure tradition soviétique, offre un point du vue incomparable sur la capitale polonaise.

Avec ses musées, une vieille ville reconstruite et une certaine prédominance de l’architecture soviétique magnifiée par le Palais de la Culture et de la Science, Varsovie attire également de nombreux touristes. Le palais de Wilanów, parfois surnommé le « Versailles polonais » est un site incontournable de la capitale.

Les autres régions ne sont pourtant pas en reste. La Mazurie et ses lacs, Gdańsk, Poznań, Wrocław sont également des destinations de choix pour les touristes français. Il ne faut pas oublier le fameux pèlerinage de la Vierge Noire à Częstochowa où plus de cinq millions de visiteurs viennent prier chaque année. Bien qu’un grand nombre de parcours organisés inclut cette étape de Silésie, il n’existe pas de statistiques précises sur les effectifs de pèlerins français.

La langue polonaise, un handicap pour la venue de touristes français ?

La langue ne doit pas être perçue comme un obstacle. Pour les voyages organisés, il y a toujours une forte proportion de touristes maîtrisant le polonais, ou des guides parfaitement bilingues. Même en voyageant seul, il est largement possible de profiter du pays. La traduction dans les hôtels, musées, sites touristiques est de plus en plus développée. Certes, elles sont plus fréquentes en anglais, russe et allemand mais les traductions françaises ne sont toutefois pas en reste. L’Euro de football organisé conjointement en Pologne et en Ukraine en 2012 a accéléré le mouvement grâce à son flot de touristes européens, dont de nombreux Français. La langue n’est donc pas une frontière infranchissable.

L’évolution de la Pologne vue par les touristes : ouverture du pays mais constance des Polonais

L’aéroport de Cracovie, en cours d’agrandissement, est une destination privilégiée de nombreux vols à bas coût provenant de France.

Les témoignages recueillis mentionnent les changements qui ont eu lieu en Pologne au cours des dernières années. Dans les années 70-80, pour les touristes français – essentiellement des personnes d’origine polonaise retournant voir de la famille – l’attente à la frontière dépassait facilement les quatre heures. Il est difficile d’imaginer cette situation aujourd’hui tant il est devenu aisé de se rendre en Pologne depuis la France. Les miradors et les barbelés ont heureusement disparu et ont été remplacés par des postes frontières désertés et des aéroports accueillants. La multiplication des vols à bas coût et la modernisation des routes et des lignes ferroviaires devraient encore améliorer son accessibilité.

En revanche, la qualité de l’accueil réservé aux touristes français est resté constant : toutes les personnes interrogées mettent en exergue la gentillesse et la chaleur des Polonais. Au cours des années 70-80, les Polonais faisaient le maximum pour satisfaire leurs familles venues de France. Certains ont avoué avoir été reçus comme des rois et furent impressionnés par l’hospitalité polonaise. Le président d’une association franco-polonaise a reconnu que durant l’un de ses premiers voyages, il fut admiratif devant l’attitude des Polonais, au point d’en être gêné car logeant chez l’habitant, « la famille qui [l]’hébergeait se sacrifiait pour [lui] offrir les meilleures conditions » . Aujourd’hui encore, de nombreux Polonais demeurent francophiles et il y a toujours cet honneur à accueillir un étranger chez soi : comme le dit le proverbe, « gość w dom, Bóg w dom » (un invité chez soi, c’est comme recevoir Dieu).

Les retours sont donc extrêmement positifs, à la fois parmi les touristes voyageant seuls et les participants aux voyages en groupe. Pour ces derniers, force est de constater le rôle structurant de ces associations très présentes dans certaines régions françaises. Cependant, la relève n’est pas toujours assurée. Ces organisations sont actives grâce à l’action d’un noyau dur de bénévoles, souvent à la retraite et qui peinent à trouver de jeunes remplaçants. Ces associations jouent pourtant un rôle déterminant en faisant découvrir une autre vision de la Pologne à de nombreux Français.

Quelques associations organisatrices de voyages vers la Pologne :

Association culturelle franco-polonaise Ballada
Association culturelle franco-polonaise de l’Ondaine (Loire)
Association Amitié France-Pologne Lesquin
Association Anjou-Pologne

[1] En 2013, plus de 5 millions d’Allemands ont visité la Pologne alors que les autres pays de l’UE-15 ne représentaient que 2,7 millions de touristes. Dans ce lot, ce sont les Anglais et les Français qui connaissent la progression la plus rapide, avec plus de 10% de touristes en plus depuis 2012.

Laisser un commentaire